Ce n’est pas parce que ça ne change pas vite…que ça ne change pas
- 19 mars
- 5 min de lecture
Quand rien ne semble changer

Parfois, malgré tous nos efforts, nous avons l’impression que rien ne change.
Nous essayons, nous réfléchissons, nous faisons autrement… et pourtant les résultats tardent à apparaître.
Dans ces moments-là, le doute s’installe facilement.
Et si, en réalité, le changement était déjà en train d’opérer… simplement à un rythme que nous ne percevons pas encore ?
Lorsque l’on vit une difficulté qu’elle soit d’ordre relationnel ou non, on aimerait que tout rentre dans l’ordre le plus vite possible afin de retrouver un sentiment d'apaisement.
Nous voudrions régler la situation rapidement, que l’autre change afin de ne plus ressentir ce mal-être ou ces émotions désagréables.
En toute logique, nous cherchons donc à mettre fin à la souffrance.
Et cela est profondément humain: personne n’aime souffrir.
Tout changement nécessite du temps

Pourtant, tout changement demande du temps. Un certain laps de temps est nécessaire pour permettre au changement de s'installer durablement.
Toute nouvelle habitude demande du temps pour être comprise puis expérimentée, répétée puis consolidée avant de pouvoir s'intégrer pleinement et remplacer l’ancienne.
Le changement, un processus physiologique
Décider de changer est donc un bon point de départ. Pourtant, cela ne suffit pas toujours, car le changement est aussi un processus physiologique.
Pour porter un regard plus juste, plus compréhensif et plus bienveillant sur nous-mêmes, il peut être utile de faire un détour par les neurosciences qui apportent un éclairage précieux sur ces mécanismes.
Le sujet est très vaste, mais quelques éléments essentiels peuvent nous aider à mieux comprendre ce qui se joue.

On sait aujourd’hui que l’une des caractéristiques principales du cerveau est sa neuroplasticité.
Il est capable de se modifier et de créer de nouvelles connexions en fonction de nos expériences, et ce tout au long de la vie, quel que soit l’âge.
Selon la loi de Hebb, pour qu’une connexion stable se crée entre deux neurones, ceux-ci doivent être activés ensemble et de manière répétée. Plus cette connexion est sollicitée, plus elle se renforce. À l’inverse, lorsqu’elle n’est plus utilisée, elle peut progressivement disparaître: le cerveau se déleste alors naturellement des connexions devenues inutiles.
Chaque apprentissage, qu'il s'agisse d'un loisir, d'une routine ou d'un comportement, crée ainsi de nouvelles connexions neuronales. Mais pour qu’un nouvel apprentissage devienne automatique, il faut de la répétition...de la pratique…et du temps.
Pourquoi nous résistons au changement
C’est bien souvent à cet endroit que se situe la plus grande difficulté: résister à la tentation de vouloir aller plus vite que la musique.
A l'inverse, il peut aussi arriver plus fréquemment que nous soyons réticents face au changement, ce qui ne relève pas d’un manque de volonté
La résistance au changement est en réalité un mécanisme profondément ancré en nous.
Autrefois, cette réaction jouait un rôle essentiel dans la survie de nos ancêtres : elle leur permettait de rester vigilants face à un danger potentiel. Aujourd’hui encore, ce réflexe demeure présent et peut se manifester sous différentes formes, notamment à travers certains biais cognitifs.
Par exemple, le biais de statu quo correspond à notre tendance à préférer une situation connue, même insatisfaisante, simplement parce qu'elle nous paraît plus sûre et moins risquée.
Ce biais peut être renforcé par ce que les chercheurs Daniel Kahneman et Amos Tversky ont appelé l'aversion à la perte: nous avons tendance à percevoir une perte comme plus négative qu’un gain équivalent n’est perçu positivement.
Prendre conscience de ces biais peut nous aider à mieux comprendre les enjeux du changement pour l’être humain, à l'aborder différemment et à reconnaître que chacun avance à son propre rythme.
Changement et parentalité

En parentalité, le changement peut paraître encore plus complexe, car il s’agit d’un double processus.
Lorsqu’un parent rencontre une situation insatisfaisante et souhaite modifier une règle ou mettre en place une nouvelle habitude éducative, il peut avoir l’impression que les choses avancent lentement ou que ses efforts ne produisent pas immédiatement les effets attendus.
C’est en partie parce que le changement implique deux dynamiques qui se rencontrent.
D’un côté, le parent doit s’approprier une nouvelle posture éducative, avec son lot de défis, d’inconforts et parfois de doutes.
De l’autre, l’enfant doit lui aussi intégrer cette évolution et s’adapter à une nouvelle règle ou à une nouvelle manière d’interagir.
Le rythme de l'un vient alors rencontrer le rythme de l'autre, ce qui ne facilite pas toujours les choses.
Le rythme du parent dans ce processus ?
Le rythme du changement ne suit pas une ligne droite. Il est souvent fait de hauts et de bas, d’allers-retours, parfois même de contradictions et cela est vrai pour le parent aussi.
Le parent peut lui aussi avoir besoin de temps pour intégrer de nouveaux repères avant de pouvoir les mettre en pratique de manière naturelle et sereine.
Accepter son propre rythme n’est pas toujours simple. Plusieurs facteurs peuvent venir compliquer ce processus :
l'impact du modèle éducatif reçu par le parent lorsqu'il était lui-même enfant
la pression sociale et les comparaisons,
la culpabilité
la peur “que rien ne s’arrange jamais”
l’impatience “ que cela change enfin”.
Lorsque le parent cède à la culpabilité ou l’impatience, les risques peuvent être:
un manque de cohérence
un allongement du temps nécessaire à l'intégration de la nouvelle règle pour l'enfant, de la posture pour le parent
ou encore un renforcement du sentiment de culpabilité
Un cercle qui entretient la tension plutôt que le changement
Comment maintenir le cap dans la durée ?

Quelques points de repères pour aider à traverser ces moments:
porter un regard bienveillant et compatissant avec soi-même et sur son enfant en gardant à l’esprit que le changement est un processus non linéaire pour chacun ;
comprendre que l’installation d’une nouvelle habitude demande du temps — souvent plusieurs mois pour être solidement ancrée ;
observer et questionner ses croyances et ses biais cognitifs
revenir à son “pourquoi”: quelle valeur est ce que je souhaite transmettre ? La valeur est un socle d’appui précieux dans les moments de doute.
prendre du recul: mon enfant est en train de grandir, d’apprendre et de construire son chemin.
L’acceptation du rythme est une notion centrale dans l’approche développée par Colette Portelance, fondatrice de l’ANDC®. Elle fait partie intégrante de la formation du thérapeute en relation d’aide.
Le thérapeute et coach parental formé à l’ANDC® accompagne son client dans ces dimensions avec empathie, compassion et bienveillance.
Il soutient le parent dans la mise en place des stratégies pour lesquelles il se sent prêt, sans jamais forcer le processus, ni son rythme.
🌿Points clés à retenir:
Le cerveau est neuroplastique : il peut se modifier à tout âge en fonction de nos expériences
La résistance au changement est un mécanisme naturel souvent renforcé par certains biais cognitifs.
En parentalité, le changement concerne à la fois le parent et l'enfant.
Le changement suit un rythme propre à chacun et peut comporter des hauts, des bas et des contradictions.
Prendre conscience d’une situation insatisfaisante constitue déjà le début du changement.
Même si rien ne semble encore visible à l’extérieur, quelque chose a déjà commencé à se transformer à l’intérieur.



